Premiers secours sur la route : PAS, PLS et appel au 112
Les gestes de premiers secours à connaître pour l'examen du permis : protéger-alerter-secourir, la PLS, et comment appeler les urgences.
Protéger. Alerter. Secourir. Trois mots, dans cet ordre. L’ordre est crucial – parce que le réflexe naturel est de se précipiter vers la victime. Mais si vous ne protégez pas d’abord la scène, le sur-accident arrive dans les secondes qui suivent.
En France, environ 400 personnes meurent chaque année dans des sur-accidents – un véhicule qui percute les secouristes improvisés, les témoins debout au milieu de la chaussée, la victime allongée sur la voie. Le sur-accident est souvent plus mortel que l’accident initial, parce qu’il implique des piétons statiques face à un véhicule lancé à pleine vitesse. Tout le protocole PAS existe pour empêcher cette deuxième collision.
Protéger : la scène avant la victime
La protection de la scène n’est pas un acte administratif. C’est un acte de survie – pour vous, pour la victime, pour les automobilistes qui arrivent derrière.
Concrètement, protéger signifie :
- Garer votre véhicule en amont de l’accident (jamais en face, jamais juste après), feux de détresse allumés
- Enfiler votre gilet de haute visibilité avant de sortir
- Couper le contact du ou des véhicules accidentés si vous pouvez y accéder sans danger – cela élimine le risque d’incendie et de mouvement involontaire
- Baliser la zone avec le triangle de présignalisation à 30 mètres en amont, ou demander à d’autres témoins de ralentir la circulation
Un geste que beaucoup oublient : si l’accident a lieu de nuit, orientez vos phares vers la scène. Vous éclairez la zone de travail pour les secours et vous créez un obstacle visuel que les conducteurs en approche ne peuvent pas ignorer.
Un pompier professionnel résume la logique ainsi : « Quand j’arrive sur un accident, je ne regarde pas la victime en premier. Je regarde d’où viennent les voitures. » Si un professionnel formé pendant des mois applique cette priorité, c’est qu’elle a une raison.
Alerter : les 30 secondes les plus utiles de votre vie
Le 112. Un seul numéro à retenir. Il fonctionne dans les 27 pays de l’Union européenne, depuis n’importe quel téléphone – même sans carte SIM, même avec un téléphone verrouillé, même sur un réseau étranger. Il a été créé en 1991 par décision du Conseil européen précisément pour éliminer la confusion entre le 15 (SAMU), le 17 (police) et le 18 (pompiers). Le 112 redirige automatiquement vers le service adapté.
Le 112 fonctionne même sans carte SIM. Votre téléphone se connecte au premier réseau disponible, quel que soit l’opérateur, et route l’appel gratuitement. Cette obligation est inscrite dans la directive européenne 2002/22/CE. Un vieux téléphone sans abonnement, trouvé dans une boîte à gants, peut sauver une vie.
Quand vous appelez le 112, l’opérateur a besoin d’informations précises, dans un ordre logique. Pas de panique, pas de récit dramatique – des faits.
| Information | Pourquoi | Exemple |
|---|---|---|
| Lieu exact | Pour envoyer les secours au bon endroit | « RN7, direction Lyon, à 2 km après la sortie Valence-Sud » |
| Nature de l’accident | Pour déterminer quels moyens envoyer | « Collision entre deux voitures, une personne inconsciente » |
| Nombre de victimes | Pour calibrer les équipes | « Trois blessés dont un ne bouge pas » |
| État des victimes | Pour prioriser | « Un homme inconscient mais respire, deux personnes conscientes avec des douleurs au dos » |
| Dangers persistants | Pour protéger les secours | « Fuite de liquide sous un véhicule, odeur d’essence » |
Ne raccrochez pas en premier. C’est l’opérateur qui met fin à l’appel. Il peut avoir besoin de vous guider dans les gestes de premiers secours en attendant l’arrivée des équipes.
L’examen peut demander : « Quel numéro appeler en cas d’accident ? » La réponse est 112 – c’est le numéro d’urgence européen. On peut aussi accepter le 15 (SAMU) ou le 18 (pompiers), mais le 112 est la réponse universelle. Il fonctionne partout en Europe, même sans crédit téléphonique.
Secourir : ce que vous pouvez faire (et ce que vous ne devez surtout pas faire)
Voici la règle la plus contre-intuitive des premiers secours : ne déplacez jamais un blessé, sauf si sa vie est menacée par un danger immédiat – incendie, immersion, effondrement. Pas « il serait plus confortable sur le bas-côté ». Pas « il fait froid sur le bitume ». Un danger immédiat, concret, létal.
Pourquoi ? Parce qu’un traumatisme de la colonne vertébrale est invisible à l’oeil nu. La victime peut avoir une vertèbre fracturée sans le savoir, maintenue en place par les muscles contractés. Un mouvement maladroit – soulever la tête, tirer par les bras, faire pivoter le corps – peut déplacer le fragment osseux de quelques millimètres. Quelques millimètres qui sectionnent la moelle épinière. Quelques millimètres entre « je marcherai dans six mois » et « je ne marcherai plus jamais ».
Les secours professionnels disposent de colliers cervicaux, de plans durs, de techniques d’immobilisation qui permettent de déplacer un blessé en maintenant l’axe tête-cou-tronc parfaitement aligné. Vous, avec vos mains et votre bonne volonté, non.
Exception à la règle de non-déplacement : si le véhicule prend feu ou si la victime se trouve sur une voie à grande circulation sans aucune protection possible, le risque de la laisser sur place dépasse le risque de la déplacer. Dans ce cas, tirez la victime par les vêtements (col, épaules) en maintenant sa tête dans l’axe du corps, en reculant. Jamais de rotation du tronc.
La PLS : trois lettres pour une personne inconsciente qui respire
Position Latérale de Sécurité. Elle s’applique à une situation très précise : la victime est inconsciente (elle ne répond pas, ne réagit pas quand vous lui parlez ou lui prenez la main) mais elle respire (vous voyez sa poitrine se soulever, vous sentez son souffle sur votre joue).
Pourquoi la mettre sur le côté ? Parce qu’une personne inconsciente allongée sur le dos perd le contrôle de ses muscles, y compris ceux de la langue et de la déglutition. La langue, relâchée, bascule en arrière et obstrue les voies aériennes. Les éventuels vomissements – fréquents après un traumatisme crânien – ne peuvent pas s’évacuer et sont aspirés dans les poumons. La PLS utilise la gravité pour résoudre ces deux problèmes : la langue tombe vers l’avant, les liquides s’écoulent hors de la bouche.
La manoeuvre en cinq gestes :
- Agenouillez-vous à côté de la victime, placez le bras le plus proche de vous à angle droit, paume vers le haut
- Prenez l’autre main de la victime et amenez le dos de sa main contre sa joue, côté opposé à vous – maintenez-la
- Avec votre autre main, attrapez la jambe la plus éloignée derrière le genou et pliez-la
- Tirez sur le genou plié pour faire rouler la victime vers vous, d’un seul mouvement
- Ajustez la jambe du dessus à angle droit pour stabiliser la position, vérifiez que la tête est légèrement en extension arrière et que la bouche est orientée vers le sol
Pour l’examen, retenez la séquence de vérification avant la PLS : la victime est-elle consciente ? (Parlez-lui, prenez sa main.) Respire-t-elle ? (Basculez la tête en arrière, regardez le thorax, sentez le souffle.) Si inconsciente + respire = PLS. Si inconsciente + ne respire pas = appel au 112 et massage cardiaque.
L’article 223-6 : l’obligation légale d’assistance
En France, ne pas porter secours à une personne en danger est un délit pénal. L’article 223-6 du Code pénal est sans ambiguïté : « Quiconque s’abstient volontairement de porter à une personne en péril l’assistance que, sans risque pour lui ou pour les tiers, il pouvait lui prêter […] sera puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende. »
Cinq ans. Soixante-quinze mille euros. Ce n’est pas une contravention routière. C’est un délit inscrit au casier judiciaire.
La loi ne vous demande pas d’être médecin. Elle ne vous demande pas de pratiquer une trachéotomie au bord de l’autoroute. Elle vous demande ce que tout citoyen peut faire : vous arrêter, appeler le 112, couvrir la victime, rester présent jusqu’à l’arrivée des secours. « L’assistance que, sans risque pour lui, il pouvait lui prêter » – la formulation protège le sauveteur. Si intervenir vous met en danger, vous n’êtes pas tenu d’y aller. Mais passer devant un accident sans même décrocher votre téléphone, c’est un crime au sens du Code pénal.
L’article 223-6 est parfois appelé la « loi du bon Samaritain » à la française, mais son origine est bien plus sombre. Il a été renforcé après la Seconde Guerre mondiale, en réaction aux témoins passifs des rafles et des persécutions. Le législateur de 1945 a voulu inscrire dans le droit l’idée qu’observer la souffrance sans agir, quand on le peut, n’est pas de la neutralité – c’est de la complicité.
Le casque du motard : toucher ou ne pas toucher
Un motard est au sol, inconscient. Son casque est en place. Faut-il le retirer ?
La réponse courte : non, sauf s’il ne respire pas et que le casque empêche de dégager les voies aériennes. Le casque protège la colonne cervicale tant qu’il reste en place. Le retirer nécessite une manipulation de la tête et du cou que seuls les secouristes formés maîtrisent – à deux, un maintenant la tête pendant que l’autre fait glisser le casque.
En revanche, ouvrez ou relevez la visière. Cela permet à la victime de respirer librement et vous permet de vérifier sa conscience et sa respiration.
Le réflexe de « libérer » le motard de son casque part d’une bonne intention. Mais en premiers secours, les bonnes intentions mal exécutées sont la première source de dommages irréversibles. Le casque reste. La visière s’ouvre. Le 112 est appelé.
Les gestes qui ne coûtent rien et sauvent tout
En attendant les secours – et le temps moyen d’intervention du SAMU en zone rurale est de 20 minutes, pas de 5 – quelques actions simples font une différence réelle :
- Parlez à la victime, même si elle ne répond pas. Une personne semi-consciente qui entend une voix calme a un rythme cardiaque plus stable qu’une personne isolée dans le silence. Ce n’est pas de la psychologie de comptoir – c’est documenté en médecine d’urgence.
- Couvrez-la. Un blessé immobile perd sa température corporelle très vite, même en été. Une couverture, un manteau, un plaid récupéré dans le coffre. L’hypothermie aggrave le choc hémorragique et complique le travail des secours.
- Ne lui donnez ni à boire ni à manger. Si une anesthésie est nécessaire à l’hôpital, un estomac plein est un risque de vomissement et d’inhalation pendant l’intubation.
- Notez l’heure de l’accident et décrivez ce que vous avez observé. Les secours vous poseront la question. « Il était conscient quand je suis arrivé, il a perdu connaissance vers 14 h 20 » – cette information influence directement les décisions médicales.
20 minutes
Temps moyen d’intervention du SAMU en zone rurale en France. En zone urbaine, c’est plutôt 13 minutes. Ce délai, incompressible, est la raison pour laquelle les gestes des premiers témoins déterminent souvent l’issue. La PLS maintient les voies aériennes libres. La couverture prévient l’hypothermie. La parole stabilise le pouls.
Protéger. Alerter. Secourir. Trois verbes, un ordre, une logique. Le premier protège tout le monde du sur-accident. Le deuxième déclenche la chaîne professionnelle. Le troisième fait ce que les mains d’un citoyen ordinaire peuvent faire – ni plus, ni moins. La loi vous y oblige. La physique vous y contraint. Et le jour où c’est vous qui êtes au sol, vous espérerez que le conducteur qui s’arrête connaisse ces trois mots dans le bon ordre.